Sertraline : indications, posologie et effets secondaires
La sertraline est un antidépresseur de la famille des ISRS, les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. En Belgique, elle est prescrite dans la dépression et dans plusieurs troubles anxieux, et elle n'est délivrée en pharmacie que sur ordonnance. Le choix de la molécule, la dose de départ et le rythme du suivi dépendent de votre situation dans son ensemble, et pas seulement du symptôme qui vous a amené à consulter. Cette page explique comment le médicament agit, ce qu'il faut surveiller pendant le traitement et pourquoi nous n'évaluons pas ce type de demande.
Qu'est-ce que la sertraline et comment agit-elle
La sertraline appartient au groupe des ISRS. Ces médicaments freinent la recapture de la sérotonine, un messager chimique, depuis l'espace qui sépare deux cellules nerveuses. La sérotonine libérée y reste donc disponible plus longtemps et le signal transmis d'une cellule à l'autre s'en trouve renforcé.
En Belgique, la substance se présente sous forme de comprimés à avaler, commercialisés soit sous le nom de la molécule suivi de celui du fabricant, soit sous un nom de marque. Ces présentations contiennent la même substance active et se distinguent par le dosage et par les excipients. La composition exacte, la liste des excipients et les conditions de conservation figurent dans la notice qui accompagne votre boîte.
Le renforcement du signal sérotoninergique est immédiat sur le plan chimique, mais l'amélioration que vous ressentez ne l'est pas. Les circuits concernés s'adaptent progressivement, et c'est cette adaptation, et non la première prise, qui explique l'effet clinique. Cette différence de rythme a une conséquence pratique : les effets indésirables apparaissent souvent avant le bénéfice, ce qui décourage certaines personnes au moment précis où il faut tenir bon, avec l'aide du médecin qui suit le traitement.
Dans quels cas la sertraline est-elle prescrite
La sertraline est enregistrée dans l'épisode dépressif et dans plusieurs troubles anxieux : le trouble panique, avec ou sans agoraphobie, le trouble obsessionnel compulsif (TOC), la phobie sociale et l'état de stress post-traumatique. Le médicament n'est pas réservé à une seule de ces situations, mais la dose de départ, la vitesse d'augmentation et la durée ne sont pas les mêmes d'une indication à l'autre.
Poser cette indication suppose un entretien. Le médecin distingue une réaction normale à un événement difficile d'un trouble qui relève d'un traitement médicamenteux, il recherche des antécédents d'épisodes maniaques, il interroge la consommation d'alcool et celle d'autres substances, et il tient compte des maladies dont vous souffrez par ailleurs ainsi que de vos autres médicaments.
Chez l'enfant et chez l'adolescent, l'usage est limité et relève d'un suivi spécialisé. Il ne s'agit pas d'une simple transposition de la pratique adulte à une dose plus faible.
Enfin, le médicament n'est qu'une partie de la prise en charge. Selon la situation, une psychothérapie, un aménagement du travail ou un accompagnement plus rapproché pèsent autant que l'ordonnance, et ces décisions se prennent avec un médecin qui peut vous revoir.
Prise et posologie
La sertraline se prend une fois par jour, à heure fixe, le matin ou le soir selon ce qui vous convient le mieux, pendant ou en dehors des repas. Le comprimé s'avale avec un verre d'eau. Si le traitement vous rend somnolent, une prise le soir est souvent plus confortable ; s'il perturbe votre sommeil, une prise le matin convient mieux. Cet ajustement se discute avec votre médecin ; ne le décidez pas de votre propre initiative.
La dose de départ et les paliers d'augmentation sont fixés par le médecin et diffèrent selon l'indication : dans le trouble panique, on commence en général plus bas, afin de limiter la poussée d'anxiété des premiers jours. Augmenter de votre propre initiative ne fait pas gagner de temps et expose surtout aux effets indésirables.
Si vous oubliez une prise, suivez ce qu'indique la notice de votre boîte et ne doublez jamais la dose suivante pour compenser. Ne modifiez pas le schéma et n'interrompez pas le traitement sans en parler au médecin qui vous suit, même si vous vous sentez nettement mieux.
Les premières semaines demandent un suivi rapproché
Les premières semaines constituent la période la plus délicate du traitement. L'anxiété, l'agitation intérieure, les troubles du sommeil et l'irritabilité peuvent augmenter avant de diminuer, et ce passage difficile peut se reproduire après chaque changement de dose.
Le risque de pensées suicidaires mérite d'être nommé sans détour. Il peut s'accentuer au début du traitement et lors des adaptations de dose, surtout avant l'âge de 25 ans. Ce n'est pas une raison de renoncer à se soigner, c'est une raison d'organiser le suivi : savoir qui vous revoit, à quel moment, et qui appeler entre-temps.
Prévenez un proche que vous commencez un traitement et dites-lui ce qu'il faut surveiller. Une personne extérieure remarque parfois un changement de comportement que vous ne percevez pas vous-même.
Si vous vous sentez plus mal, plus agité, ou si des idées noires apparaissent, contactez votre médecin généraliste sans attendre le rendez-vous prévu. En dehors des heures de consultation, le poste de garde de médecine générale est joignable au 1733. En cas de danger immédiat, appelez le 112.
Effets indésirables
Les effets les plus souvent rapportés au début du traitement sont digestifs : nausées, diarrhée, bouche sèche, perte d'appétit. Viennent ensuite les maux de tête, les vertiges, un tremblement fin, la transpiration et des troubles du sommeil qui vont de l'insomnie à la somnolence. Beaucoup de ces plaintes s'atténuent après les premières semaines.
Les effets sur la sexualité sont fréquents et rarement abordés spontanément : baisse du désir, retard de l'éjaculation, difficulté à atteindre l'orgasme. Ils méritent d'être signalés au médecin, car des solutions existent et la situation n'a pas à être subie en silence.
Plus rarement, le taux de sodium dans le sang baisse (hyponatrémie), surtout chez les personnes âgées ou traitées par un diurétique ; cela se manifeste par des maux de tête, une confusion, une faiblesse musculaire ou des chutes. Les ISRS majorent aussi la tendance aux saignements : bleus qui apparaissent facilement, saignements de nez, saignements digestifs.
Demandez une aide médicale sans délai en cas de gonflement du visage, des lèvres ou de la langue, de difficulté à respirer, d'éruption étendue, de convulsion, de saignement qui ne s'arrête pas, ou d'un ensemble associant fièvre, sueurs, agitation, confusion, contractions musculaires et accélération du pouls. Un effet indésirable se signale au médecin, au pharmacien ou à l'AFMPS, qui surveille les médicaments déjà commercialisés.
Interactions et alcool
Certaines associations sont exclues, en particulier avec les inhibiteurs de la monoamine oxydase (IMAO) et avec le pimozide. Un délai doit en outre être respecté entre l'arrêt d'un IMAO et le début d'un ISRS, et inversement. Le médecin en tient compte avant de prescrire, ce qui suppose qu'il connaisse la totalité de votre traitement.
Le premier risque d'association est le syndrome sérotoninergique. Il peut survenir lorsque plusieurs médicaments agissant sur la sérotonine sont pris ensemble : autres antidépresseurs, triptans contre la migraine, tramadol, lithium, ainsi que le millepertuis, disponible sans ordonnance et régulièrement oublié dans la liste que l'on communique au médecin.
Le second risque est hémorragique. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens, l'aspirine et les anticoagulants accentuent la tendance aux saignements déjà favorisée par les ISRS. Le paracétamol, décrit sur /medicaments/dafalgan/, n'a pas cet effet, ce qui en fait souvent l'antalgique de premier choix dans cette situation.
L'alcool est déconseillé. Il ne s'agit pas d'une interdiction formelle, mais l'alcool accentue la somnolence et les vertiges, dégrade le sommeil et entretient l'humeur dépressive, ce qui va exactement à l'encontre du but du traitement. Remettez à votre médecin et à votre pharmacien la liste complète de ce que vous prenez, produits sans ordonnance et compléments alimentaires compris.
Arrêt et diminution progressive
Un traitement antidépresseur se poursuit un certain temps après l'amélioration, afin de limiter le risque de rechute. Sa durée se décide avec le médecin, en fonction de l'indication et du nombre d'épisodes déjà survenus, et non du moment où l'on se sent à nouveau bien.
L'arrêt se fait par paliers, selon un schéma établi par le médecin. Une interruption brutale expose à des symptômes de sevrage : vertiges, sensations de décharge électrique dans la tête, nausées, fourmillements, troubles du sommeil, irritabilité, anxiété. Ces manifestations sont désagréables mais le plus souvent transitoires.
Il importe de ne pas les confondre avec une rechute de la maladie, car la distinction change la décision qui suit : le sevrage s'atténue en ralentissant la diminution, tandis qu'une rechute demande de reprendre la discussion sur le traitement lui-même. En cas de doute, contactez le médecin qui vous suit plutôt que d'adapter le rythme vous-même.
La sertraline n'entraîne pas de dépendance au sens des substances qui provoquent une recherche compulsive. Cela n'en fait pas pour autant un médicament que l'on arrête du jour au lendemain.
Pourquoi nous n'évaluons pas la sertraline
Nous ne délivrons pas d'ordonnance pour la sertraline, ni en première prescription ni en renouvellement, et nous ne proposons pas d'évaluation en santé mentale sur le marché belge. Autant le dire d'emblée plutôt que de vous laisser remplir un questionnaire pour rien.
La sertraline n'est pas un stupéfiant et ne fait pas partie des médicaments que l'article 11, paragraphe 6, de la directive 2011/24/UE écarte de la reconnaissance des ordonnances entre États membres. Ce n'est donc pas la raison de notre position. Celle-ci tient à la nature même de l'évaluation.
Décider d'un traitement dans la dépression ou dans un trouble anxieux suppose d'apprécier le risque suicidaire, d'écarter un trouble bipolaire qu'un antidépresseur seul pourrait déséquilibrer, et de désigner la personne qui vous revoit pendant les premières semaines. Ce sont précisément les points où le risque est le plus élevé, et ils ne se tranchent pas sur un formulaire lu une fois puis refermé. Notre modèle est asynchrone, sans consultation vidéo ni téléphonique, et il n'est pas adapté à cette situation.
Si votre traitement est en cours et qu'il vous faut une nouvelle ordonnance, adressez-vous à votre médecin généraliste ou au médecin qui l'a instauré. En dehors des heures de consultation, le poste de garde de médecine générale répond au 1733. En cas de danger immédiat, appelez le 112 ; le Centre de Prévention du Suicide est joignable gratuitement au 0800 32 123. Le fonctionnement d'une ordonnance transfrontalière, pour les traitements que nous évaluons, est expliqué sur /blog/ordonnance-etrangere/.
La sertraline est-elle soumise à prescription en Belgique ?
Oui. Elle n'est délivrée en pharmacie que sur ordonnance, parce que l'indication, le dosage et le suivi dépendent de votre état de santé complet et des autres médicaments que vous prenez. Le pharmacien ne peut pas la remettre sans ordonnance valable, et la décision de la prescrire revient toujours à un médecin, après évaluation de votre situation.
En combien de temps la sertraline agit-elle ?
Pas dès la première prise. L'effet sur la sérotonine est immédiat, mais l'amélioration de l'humeur et de l'anxiété demande plusieurs semaines, le temps que les circuits concernés s'adaptent. Certains effets, sur le sommeil ou l'appétit, se remarquent plus tôt. Le résultat s'apprécie avec le médecin sur la durée, pas sur les tout premiers jours.
Quels effets indésirables sont fréquents ?
Surtout des troubles digestifs au début : nausées, diarrhée, bouche sèche. Également des maux de tête, des vertiges, une transpiration accrue, un tremblement fin et des troubles du sommeil. Les effets sur la sexualité sont fréquents et le plus souvent réversibles à l'arrêt du traitement. En cas de gonflement du visage, de difficulté à respirer, de convulsion ou de saignement qui ne s'arrête pas, demandez une aide médicale sans délai.
Puis-je boire de l'alcool pendant le traitement ?
C'est déconseillé. L'association n'est pas formellement interdite, mais l'alcool accentue la somnolence et les vertiges, dégrade la qualité du sommeil et entretient l'humeur dépressive, ce qui va à l'encontre du traitement. Si vous buvez régulièrement, parlez-en franchement à votre médecin : cette information change la façon dont il suit le traitement.
Puis-je vous demander un renouvellement d'ordonnance de sertraline ?
Non. Nous n'évaluons pas la sertraline et nous ne proposons pas de prise en charge en santé mentale sur le marché belge, ni en première prescription ni en renouvellement. Adressez-vous à votre médecin généraliste ou au médecin qui a instauré le traitement. En dehors des heures de consultation, le poste de garde de médecine générale répond au 1733.
Puis-je arrêter du jour au lendemain ?
Mieux vaut éviter. Une interruption brutale peut provoquer des vertiges, des sensations de décharge électrique dans la tête, des nausées, des fourmillements, des troubles du sommeil et de l'irritabilité. Il s'agit le plus souvent de symptômes de sevrage et non d'une rechute, mais la distinction revient au médecin. La diminution se fait par paliers, selon un schéma établi par le médecin qui vous suit.